Desseins Animés

L’éveil, la structuration de l’identité sexuelle et de la conscience morale sont des étapes clefs dans le processus de socialisation de l’enfant. Les parents, l’école sont autant de référents «classiques» inévitables à cet éveil. D’autres acteurs, non négligeables y participent aussi : Les dessins animés.

Lou Scheimer, auteur producteur et fondateur de Filmation fût dans les années 80 l’un des artisans majeurs de cet éveil, notamment par le biais de sa plus célèbre création : Les Maîtres de l’Univers.

Conjointement développée avec Mattel afin d’assurer la promotion de sa gamme de jouets, la série animée Les Maîtres de l’Univers est un parfait exemple d’une certaine pédagogie de la morale.

Inventive sur la forme car mêlant à la fois Science Fiction et Héroïc Fantasy (les références à l’œuvre de Tolkien, à Conan le barbare, à Stars Wars y sont légions), cette série use et abuse d’une dialectique manichéenne sur le fond. Ici, l’archétype est la norme de la construction morale et identitaire.

Le Bien/ le Mal,  La Vie/la Mort

L’action se déroule sur Eternia -néologisme d’Eternité couplé de consonnance latine- planète imaginaire chargée de métaphores. Eternia résume à elle seule la problématique des divers protagonistes. C’est un No Man’s Land métaphysique, théâtre de questions existentielles.

Ainsi la dualité du Prince Adam. Le ressort classique de la double identité est abordé sous l’angle du passage à l’âge adulte. Pleutre et dilettante, le Prince Adam-force incantation mystique- se transforme en un guerrier volontaire et son épée tendue vers le ciel lui confère une virilité absolue.

La symbolique phallique est clairement assumée. Du stade d’enfant, le Prince passe à l’âge adulte. La figure du bien est associée à une identité sexuelle virile sans ambiguïté, d’aucuns diront monolithique. En tout cas suffisamment claire pour le jeune téléspectateur qui -instinctivement- a déjà choisi son camp.

Le bon c’est Musclor combattant testostéroné, harnaché ,aguerri dont l’épée n’a de cesse que de combattre son alter ego démoniaque et mortifère : Skeletor !

Tout dans cet être est mauvais. La vue seule de son visage  ne présage rien de bon. Outre son costume violet et sa voix nasillarde, Skeletor est machiavélique. Skeletor est fourbe, sournois et afin d’accroître davantage sa suprématie et son pouvoir, il s’entoure de sbires vils, veules, abjects (pour plus de qualificatifs, veuillez consulter votre dictionnaire des synonymes) .Par effet de contraste, le courage de Musclor en apparaît décuplé .

L’identification au bien et la dissociation Bien/Mal est forcément immédiate.

Cette dichotomie simpliste est doublement rassurante : les parents et Mattel ne peuvent qu’approuver.

Enfin d’enfoncer définitivement le clou de la bienséance moralisatrice, chaque fin d’épisode proposait une leçon de savoir-vivre, de bon-sens, sorte de fable moderne…Les Maîtres de l’Univers font long feu si bien que les rumeurs persistantes créditent John Woo d’une future adaptation de cette série.

D’ailleurs cette dichotomie basique fait encore les beaux jours de séries actuelles telles que Power Rangers !

Rien de bien méchant somme toute, mais sous couvert de dissociation Bien/ Mal, certaines séries animées oscillent vers la propagande en distillant certaines valeurs politiques. GI Joe en est probablement l’exemple le plus frappant. Cette série fera l’objet d’un article futur…

2 réponses sur “Desseins Animés”

  1. Bravo!!!
    J’ai beaucoup aprécié ton analyse des Maîtres de l’Univers, que j’ai trouvé claire, simple et concite. De plus, tu as un jugement tout à fait intéressant et très instructif. Merci à toi

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