Autant par amour du jeu que pour le plaisir de montrer ma trombine à la télé, j’ai participé à la 6665ème émission de Questions pour un Champion. Depuis près d’un quart de siècle, ce quizz à base de rapidité , de culture générale et d’un Julien Lepers bondissant anime les fins d’après-midi de France 3.

C’est en participant à ce genre d’émissions que l’on peut se rendre compte à quel point la machine est rôdée. De l’accueil des candidats aux consignes distillées par l’équipe, rien n’est laissé au hasard, l’organisation est sans faille, vous êtes téléguidé malgré vous par les divers membres de l’équipe, tous sympathiques et avenants, avec lesquels vous pouvez discuter de tout, de rien en attendant votre tour, en attendant de rencontrer l’élément moteur du jeu, l’inénarrable Julien Lepers.

Une organisation sans faille

Muni de ma convocation et après une nuit d’hôtel peu réparatrice sans doute due à la fois au stress et au fait que je préfère me coucher tard que me lever tôt, je me rends 144 avenue Wilson pour 8 heures tapantes, arborant des yeux de lapin atteint de myxomatose.

Le 144 avenue Wilson, c’est la machine à fabriquer des émissions télévisées : Des anciens studios du Club Dorothée, des sitcoms d’AB, le bureau d’AB prod et de JLA prod au jeu de Nagui « Tout le monde veut prendre sa place, » , « Comment ça va bien » avec Stéphane Bern, les studios VCF sont un vrai barnum grouillant en permanence.

Dès la porte d’entrée franchie, le ton est donné : Bonne humeur et sourire sont de rigueur. Pour un tempérament peu enclin à l’exercice des zygomatiques comme le mien, le choc est rude, surtout si tôt le matin (je sais, je me répète). Après avoir parcouru les dédales de couloir tapissés de photos de diverses célébrités qui ont enregistré dans ces studios, le troupeau de candidats arrive dans l’antre du jeu. Visite du plateau au petit matin blême, sans spots, sans public, le studio est riquiqui, quelques techniciens placent les dollies, mais ce calme va laisser petit à petit place à une véritable fourmilière.

Alors que vous venez de regagner la loge des candidats hommes, vous choisissez votre chemise. Pour ma part, je n’ai toujours eu en ma possession soit du sombre, soit du blanc, ce qui posera des problème d’habillements lors de mon passage prévu lors du troisième enregistrement de la journée. Un petit café histoire de se réveiller, un deuxième, Oscar entoure les candidats, William arrive, l’équipe de production rejoint sa salle. Nous discutons entre candidats, de tout, de rien, de Julien, Iris vient nous faire signer nos contrats respectifs d’acception du jeu, de décharge de droit à l’image pour une durée de cinq ans. Je file voir le coiffeur et nous essayons de trouver un truc télégénique. Jovial, celui-ci, coiffeur pour l’émission depuis cinq ans ne rêve que d’une seule chose : Habiter Nozay. Bref, nous plaisantons, je suis coiffé, Michel vient me voir pour choisir une chemise. Finalement, elle sera bleue clair car les miennes ne sont pas assez bien pour un passage télé. Soit. Il est 9h15, la star du programme est arrivée.

Il faudra bien l’énergie du chauffeur de salle et la frénésie de Julien ( ouais je l’appelle par son prénom, c’est comme ça dans le show-bizz) pour réveiller des gradins certes pour l’instant clairsemés mais qui se garniront bien vite au cour de la journée pour finir plein comme un oeuf en fin d’après-midi.

Alors que les cadreurs ont cadré, que l’opérateur grue est au taquet, Julien avec son fidèle comparse-chauffeur de salle lance le sketch qui réveille les troupes : Celui de la chaussette dans lequel Julien explique qu’il est pauvre au point de ne pouvoir se payer des chaussettes neuves et de montrer son pied entouré d’une chaussette trouée, gag étudié au préalable pour des rires garantis, une audience conquise et des cadreurs blasés devant cette énième représentation. Le sketch de la chaussette aura le droit à une redite l’après-midi même pour le même succès, on ne change pas une recette qui marche.

D’ailleurs tout marche de plus en plus vite. Comme dans une fourmilière, tout le monde s’organise. Chacun a une mission à accomplir en temps et en heure, cette mission doit être accomplie et tels des marins courant dans les coursives, l’émission s’anime prend vie , le rouge est mis et….Générique, William lance Julien qui bondit tel un diable sorti de sa boîte,distribuant sourire, énergie et bonne humeur.

Une heure d’enregistrée pour une demi-heure diffusée. Les ratages sont peu nombreux, les équipes techniques changent les pupitres en deux-trois mouvements, l’enregistrement reprend, il se termine, 10 minutes de pose.

Julien a changé de veste, de nouveaux candidats arrivent. Dans le lot, des érudits, des membres du corps enseignant, des velléitaires, des curieux, des candidats amateurs mais aussi professionnels qui participent pour la deuxième, troisième fois, et qui se sont aguerris sur d’autres jeux comme Pyramide, des Chiffres et des Lettres etc etc. Glurps ! Que diable allais-je faire dans cette galère ?

La pression monte

11h45, alors que je regarde ce deuxième enregistrement, la maquilleuse vient me chercher. Je viens de gagner quelques années. Je rejoins le pool des autres candidats en coulisses et là le drame : Le ton de ma chemise bleue claire ressemble trop à celle d’une autre candidate dont je serai le voisin de jeu. Me voila maintenant affublé d’une chemise aubergine digne du Joker. Mon dieu, je suis clownifié !

12h10, je suis équipé d’un micro, Julien affable et courtois discute avec moi afin de savoir quel angle choisir pour ma présentation. L’affaire est entendue. L’enregistrement va débuter. Nous nous cachons derrière le décor, attendant le signal du réalisateur afin de nous lancer sur scène, de rejoindre nos pupitres respectifs. Une brève présentation des candidats, le jeu commence et le déluge de buzz commence. Ca part dans tous les sens, très vite, trop vite, j’ai l’impression d’être déconnecté , un ange passe. Je rate deux-trois occasions de coller au score et je décroche. Bing ! Pour moi, le jeu se termine là, bien trop tôt à mon goût mais qu’importe. L’essentiel est de participer, ce qui n’est certes pas une excuse à mon insuccès mais après tout seuls ceux qui n’ont jamais tenté l’aventure peuvent se targuer de ne pas connaître l’échec.

12h25, un peu groggy, je file en coulisses, on me retire mon micro, un grand dictionnaire Larousse franco-anglais m’attend dans son sac siglé Questions pour un Champion. Le tourbillon est passé.
Je préfère aller me griller une clope plutôt que de suivre la fin du spectacle. Je vais d’ailleurs griller beaucoup de clopes en attendant la pause déjeuner. La pause déjeuner, c’est l’occasion de rejoindre l’équipe de production dans une cantine commune qui fait self. Un coup d’oeil à gauche et j’entre-aperçois Nagui en pause lui aussi avant d’entamer une nouvelle fournée d’enregistrements d’émissions. Je zone un peu dans les parages puis finalement me décide à regagner mes pénates. Bus 153, arrêt Porte de la Chapelle, ligne 12 arrêt Montparnasse et direction Nantes.

Une journée express Nantes-Paris pour une participation à QP1C qui le fût tout autant. Et la diffusion me demandez-vous ? Cette question taraude beaucoup de mes lectrices et lecteurs et afin de ne pas priver celles et ceux qui ont fait de la Schadenfreude un art de vivre,  je les invite à regarder la diffusion de la 6665ème émission prévue pour le … 13 octobre.